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Coupe du monde de hockey

Équipe Europe s'est unie et a bâti un héritage

Les joueurs de huit pays ont créé un lien au cours de leur parcours jusqu'en finale de la Coupe du monde

par Amalie Benjamin @amaliebenjamin / Journaliste NHL.com

TORONTO - Le tout a commencé de manière très modeste. Dix patineurs et deux gardiens se sont réunis sur la glace du Centre Vidéotron à Québec pour un entraînement qui a duré à peine une demi-heure, devant une poignée de curieux. L'équipe était toujours privée de la moitié de ses joueurs, 11 d'entre eux devant encore voyager depuis l'Europe après avoir pris part au tournoi de qualification olympique, et on s'attendait à ce que leur gardien partant déclare forfait sous peu en vue de la Coupe du monde de hockey 2016 en raison d'une blessure.

Il était alors difficile de croire en Équipe Europe. Il s'agissait d'un embryon qui allait affronter des équipes qui jouaient ensemble depuis des années, des équipes soutenues par des fédérations, des systèmes et des structures. Il s'agissait d'une équipe avec des joueurs qui appartiennent à l'élite, certes, mais certains les meilleures années de étaient derrière certains d'entre eux, alors que d'autres ne les avaient pas encore entamées.

Équipe Europe n'avait pas accompli ce que les autres équipes avaient accompli, comme Équipe États-Unis, Équipe Canada ou Équipe Russie. Elle ne possédait pas d'histoire, comme elle se le faisait rappeler par tout le monde : pas de passé, pas d'avenir.

Mais avant la fin de la Coupe du monde, après avoir dominé Équipe Canada pendant la majeure partie de deux rencontres, deux revers, après être passée à trois minutes de forcer la tenue d'un troisième match dans cette finale 2-de-3, elle a formé quelque chose que bien des gens doutaient qu'elle parvienne à former : une équipe.

Lorsque tout fut terminé jeudi au Air Canada Centre, alors que la défaite de 2-1 n'était pas encore parfaitement absorbée dans l'esprit des joueurs d'Équipe Europe qui croyaient bien qu'ils allaient l'emporter jusque dans les derniers moments, l'attaquant Frans Nielsen a regardé le rassemblement de membres des médias, de microphones et de caméras devant lui, et il a exprimé sa confusion, sa stupeur. Sa lèvre a tremblé.

« Nous avons toujours cru que nous possédions une bonne équipe, a affirmé Nielsen, visiblement émotif. Tout le monde se moquait continuellement de nous. Je ne sais pas pourquoi. »

Cela en dit long.

Cela en dit long que Nielsen n'ait pas vu ce que le reste du monde voyait en regardant Équipe Europe, qu'il ne comprenait pas le scepticisme. Cela en fit long qu'il avait des trémolos dans la voix alors qu'il parlait, et qu'il se souciait d'une équipe formée de joueurs provenant de huit nations européennes - Slovaquie et Slovénie, Norvège et Danemark, Allemagne et France, Suisse et Autriche - qui ont trouvé une manière de jouer pour leur pays et leur équipe, même s'ils ne représentaient pas techniquement le premier, et qu'ils n'avaient techniquement jamais formé la deuxième.

« C'est simplement que je n'ai jamais vu rien de tel, a ajouté Nielsen. Comment 23 joueurs qui viennent juste d'être regroupés de cette manière en si peu de temps peuvent jouer aussi bien ensemble? Je vais… »

Il a pris une brève pause.

« Je vais me souvenir de ce tournoi pour le reste de ma vie », a-t-il conclu.

En partie en raison de la douleur associée à la manière dont ce tournoi s'est terminé, la douleur d'avoir mérité un meilleur sort. Équipe Europe a mieux fait contre Équipe Canada que toute autre équipe à la Coupe du monde, et elle a poussé cette équipe jusque dans les dernières minutes, les derniers moments.

Équipe Europe a mené tout au long des deux premières périodes et pendant les trois-quarts de la troisième, grâce à un tir des poignets en provenance du cercle des mises en jeu de la part du défenseur Zdeno Chara à 6:26 du premier vingt.

Il restait 3:35 à écouler au match lorsque le capitaine Anze Kopitar a écopé d'une punition pour avoir retenu. Il restait 2:53 au cadran quand Patrice Bergeron a effectué une déviation presque parfaite sur un tir de Brent Burns pour créer l'égalité. Il restait 43,1 secondes à faire quand Brad Marchand a marqué le but gagnant, en infériorité numérique.

La formation qui a célébré n'a pas été Équipe Europe.

Cela a entraîné de la déception. Beaucoup de déception. Beaucoup d'émotion.

« Cela nous brise le cœur, a reconnu le défenseur Mark Streit. C'est une défaite très, très, très difficile à avaler. C'est difficile de trouver les bons mots en ce moment. Mais ça brise le cœur. »

Il a ajouté un peu plus tard : « Cela va nous faire mal pendant un bon moment. »

La déception n'était toutefois pas la seule émotion ressentie. Il y avait aussi de la fierté, un sentiment d'accomplissement, l'amour d'un pays qui s'est transformé en amour pour Équipe Europe.

L'attaquant Marian Gaborik, qui s'est blessé en demi-finale contre Équipe Suède, et qui a disputé les deux dernières périodes malgré une blessure à un pied qui va le garder à l'écart de l'alignement des Kings de Los Angeles pour huit semaines, a passé le match no 2 à démontrer son soutien à ses coéquipiers sur Twitter. Il croyait qu'ils allaient mériter un autre match.

Ils l'ont tous cru.

« Ils ont tout donné, a souligné l'entraîneur Ralph Krueger. Lorsque vous voyez le temps passé sur la glace par certains de ces joueurs et l'effort fourni par des joueurs qui ont atteint leur potentiel tout au long du match, c'est extrêmement douloureux de voir le résultat final.

« Je ne ressens toutefois rien d'autre que de la fierté par rapport à la manière dont ce groupe a performé aujourd'hui, le défi qu'il a posé au Canada. Ce groupe a simplement continué de surprendre et de renverser les probabilités et changer les perceptions de tous ceux qui regardaient. Je pense que nous avons disputé toute une finale, alors que personne ne s'y attendait. »

Personne en effet. Mais Équipe Europe était toujours là, après qu'Équipe États-Unis et Équipe Russie eurent été éliminées en ronde préliminaire, et qu'Équipe Suède soit rentrée chez elle, toutes les équipes qui avaient été choisies pour aller plus loin. Elles étaient parties, mais pas Équipe Europe.

« Je pense que nous avons rendu cela assez spécial, en nous rendant en finale, a avancé Kopitar. Personne ne pensait que nous pourrions y arriver. Nous avons bâti quelque chose, tout le monde était vraiment investi. C'est tout ce que nous pouvions demander de nos joueurs, de nous-mêmes. Je pense que nous avons assurément laissé notre marque sur cette Coupe du monde. »

Et bien qu'Équipe Europe ne possède peut-être pas d'avenir, elle possède maintenant un passé. Elle possède une histoire, un héritage et une place bien ancrée dans les souvenirs des 23 joueurs qui l'ont composée, le personnel et les entraîneurs, les gens qui l'ont vue passer bien près de vaincre Équipe Canada, un exploit qui n'a pas été réalisé depuis 2010 dans un tournoi regroupant les meilleurs joueurs au monde.

Équipe Europe possède une histoire. Ce qui a commencé avec un rassemblement de joueurs est devenu bien, bien plus que cela.

« Il y avait assurément plusieurs groupes dans l'équipe au début, les Slovaques, les Danois, les Allemands et les Suisses s'assoyaient ensemble pour manger, a raconté Nielsen. Avant la fin du tournoi, tout le monde était mélangé et nous sommes tous devenus de bons amis. C'était fantastique de nous voir nous rapprocher et devenir une équipe.

« Tout le monde était simplement… oui, c'était incroyable. Je ne vais jamais oublier cela. »

 

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